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Francais
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La France, puissance du Golfe
Janvier 17, 2008
Monde-diplomatique.fr
Le Monde Diplomatique
Le président Nicolas Sarkozy serait-il un « va-t-en-guerre », un adepte de la confrontation sur les terrains les plus « chauds » du monde ? Après l’Afghanistan, où il a multiplié ces derniers mois les gestes d’un engagement plus actif, le Golfe — où il vient de conclure un accord pour l’installation d’une nouvelle base militaire permanente à Abou Dhabi, près du détroit stratégique d’Ormuz, face à l’Iran.
L’arrangement signé le 15 janvier avec les autorités des Emirats arabes unis, lors d’une visite de quelques heures du chef de l’Etat français, est un « accord de présence », qui ouvre la voie à l’installation d’une base interarmées (1) avec un effectif de 4 à 500 militaires, dont un tiers seraient installés dans l’actuel port de commerce d’Abou Dhabi. La base assurera le soutien des navires de la marine nationale en mission dans le Golfe et l’Océan Indien, ainsi que l’accueil de l’ensemble des moyens militaires que la France déploie régulièrement dans le cadre d’exercices interarmées menés en coopération avec les armées des pays du Golfe.
Si l’on en croit M. Sarkozy, les Emirats arabes unis, liés à la France par un accord de défense réciproque depuis 1995, demandaient l’implantation de cette base, « pour que la France participe à la stabilité de cette région du monde ». Ils auraient exprimé « le souhait qu’une partie des forces qui sont stationnées à Djibouti migrent dans le Golfe, une région essentielle ».
Les responsables français font valoir que les petits Etats sunnites du versant sud du Golfe — îlots de prospérité, emportés par un développement fulgurant dû à l’augmentation des prix du pétrole, mais inquiétés par l’activisme et l’intransigeance de l’Iran chiite, la grande puissance du Golfe « persique » — sont à la recherche de garanties de sécurité auprès de leurs partenaires occidentaux, notamment américains.
Les Etats-Unis sont très présents : l’état-major de la Ve flotte est installé à Bahreïn ; le quartier général du Central Command et le Centre d’opérations aériennes pour tout le Proche-Orient sont au Qatar ; des garnisons et des dépôts sont stationnés au Koweït ; les Emirats arabes unis et Oman offrent des facilités aériennes à leur aviation…
Cette création d’une base française dans le Golfe peut être interprétée comme un nouvel indice de l’alignement de M. Sarkozy sur la stratégie américaine au Proche-Orient. Mais aussi comme le désir de certains de ces émirats d’échapper à une emprise américaine totale, en diversifiant leurs partenaires ou « parrains ». L’école militaire supérieure de Saint-Cyr ouvrira prochainement à Doha une branche qui formera les officiers des armées de terre du Qatar et de plusieurs autres Etats du Golfe. Des navires de la marine nationale française font déjà escale aux Emirats une trentaine de fois par an. L’armée de l’air y organise deux fois par an un stage pour les pilotes de chasse. L’armée de terre effectue dans la région vingt-cinq exercices annuels, avec échanges d’unités et d’officiers. Un exercice inter-armée Gulf Shield (Bouclier du Golfe) mettra aux prises, en février et mars, 1 400 militaires émiratis et qataris, ainsi que 400 français.
C’est en tout cas la première fois que la France sera implantée dans le Golfe, qui plus est dans l’un des secteurs les plus stratégiques : le détroit d’Ormuz, par où transite 40 % du pétrole mondial. Le chef d’état-major particulier du président français, l’amiral Edouard Guillaud, y a vu « une petite révolution géopolitique », la France ouvrant pour la première fois depuis cinquante ans une nouvelle base, et de plus hors de son ancien domaine colonial africain. Le « dépouillement » partiel de la garnison de Djibouti — actuellement la principale implantation militaire française en Afrique, et qui devrait le rester — préfigure sans doute une reconversion du réseau des bases militaires françaises en Afrique, d’un entretien coûteux et objet de nombreuses critiques sur le continent noir. Cette reconversion pourrait être évoquée dans le prochain Livre blanc sur la défense et la sécurité, prévu pour fin mars.
L’ouverture de cette base d’Abou Dhabi — qui ne devrait pas être entièrement opérationnelle avant le début de l’an prochain — suscite d’autres interrogations : est-ce un changement de politique de la France, qui jusqu’ici avait choisi d’être au Proche-Orient « une puissance d’équilibre diplomatique et non une puissance militaire » (M. François Bayrou, président du Mouvement démocrate) ? Y a-t-il un risque d’être entraîné dans un conflit local ou régional, notamment avec l’Iran, qui souhaiterait contrôler le détroit d’Ormuz ? Cette décision, prise sans consultation, n’est-elle pas en contradiction avec le souhait affiché d’associer plus étroitement le Parlement au suivi et à l’approbation des opérations extérieures ?
Philippe Leymarie
(1) Commun à plusieurs armées : de terre, de mer, de l’air.
Armée, Coopération, Défense, Stratégie militaire, Émirats arabes unis, États-Unis (affaires extérieures), France, Golfe, Proche-Orient, Djibout
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Nucléaire : l'Iran ne lève pas les doutes de l'AIEA
Novembre 16, 2007
Le Monde
Natalie Nougayrède
Guetté comme une étape cruciale dans la crise diplomatique autour du nucléaire iranien, le rapport que le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a remis, vendredi 16 novembre, est un document lourd d'ambiguïtés, susceptible de donner lieu à des interprétations divergentes, et donc d'attiser les tiraillements à l'ONU à propos de nouvelles sanctions contre Téhéran.
Le texte ne délivre pas un satisfecit à l'Iran, mais évoque des "progrès substantiels" dans la coopération de Téhéran avec l'AIEA. Il qualifie ces avancées d'"insuffisantes", mais demande plus de temps pour la poursuite de pourparlers visant à éclaircir des aspects du programme nucléaire iranien.
Les Etats-Unis ont aussitôt réagi en commentant que le rapport dressait un bilan négatif du comportement de l'Iran, et qu'en conséquence "une troisième série de sanctions du Conseil de sécurité" de l'ONU devait être élaborée. Washington a annoncé, jeudi, qu'il allait "travailler" dans ce sens avec ses "partenaires" à l'ONU.
La France et le Royaume-Uni ont mis en exergue le fait que l'Iran n'avait toujours pas respecté les demandes de la communauté internationale, notamment à propos de la suspension de l'enrichissement d'uranium. Mais ces deux pays ont aussi lié le passage à de nouvelles sanctions, à l'ONU, à la remise d'un second rapport, prévu à la fin du mois : celui du chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, qui doit se prononcer sur la réponse apportée par l'Iran à une offre de coopération transmise en 2006 par les grandes puissances.
Le pouvoir iranien a pour sa part exprimé sa satisfaction. Selon le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le rapport montre que "la nation iranienne a eu raison" de "résister" face aux Occidentaux. Le négociateur iranien pour le nucléaire, Saïd Jalili, a ajouté que le rapport dessaisissait de fait le Conseil de sécurité de l'ONU du dossier nucléaire.
Le rapport de neuf pages énumère un certain nombre de gestes que l'Iran a consentis dans le cadre d'un "plan de travail" mis en place en août entre Téhéran et l'AIEA. Celui-ci vise à faire la lumière sur les activités nucléaires passées de la République islamique, restées clandestines pendant près de vingt ans. Le rapport évoque des "clarifications" fournies par l'Iran, mais il observe qu'il n'y a pas de "pleine transparence".
La coopération de l'Iran avec l'AIEA a été "réactive, plutôt que spontanée", dit le document. Plusieurs questions, notamment celles relatives aux potentiels aspects militaires du programme, restent en suspens. Il faudra encore "plusieurs semaines" pour tenter de les tirer au clair. L'AIEA constate que sa connaissance du programme iranien "va en diminuant", car Téhéran refuse de soumettre ses installations à des inspections larges et inopinées. L'agence se dit incapable de garantir "la nature exclusivement pacifique" du programme, puisqu'elle ne peut certifier "l'absence de matériel et d'activités nucléaires non déclarées". La possibilité qu'un pan du programme nucléaire soit resté clandestin est ainsi évoquée, en filigrane.
Le rapport apporte pour la première fois la confirmation officielle que l'Iran a commencé à expérimenter, sur des centrifugeuses P-2, un matériel sophistiqué obtenu auprès du réseau clandestin du scientifique pakistanais Abdul Qadeer Khan. Les P-2 permettent d'enrichir de l'uranium dans des délais beaucoup plus rapides que les centrifugeuses P-1 installées dans l'usine de Natanz, qui, depuis quatre ans, est au coeur du contentieux entre l'Iran et les Occidentaux.
Les inspecteurs de l'AIEA ont par ailleurs constaté, le 3 novembre, que quelques 3 000 centrifugeuses fonctionnaient désormais à Natanz. Ce nombre permet en théorie de fabriquer, en l'espace d'un an, suffisamment de matière fissile pour faire une bombe nucléaire. Toutefois, ces centrifugeuses ne fonctionnent pas à plein potentiel, et elles n'enrichissent pas l'uranium à un taux élevé, qui seul peut être utilisé dans le militaire.
Le rapport révèle aussi que certains équipements livrés à l'Iran par le "marché noir" nucléaire d'Abdul Qadeer Khan avaient été, à l'origine, destinés à la Libye, avant que celle-ci renonce à son programme d'armes de destruction massive.
La Russie, dont le positionnement sera déterminant à l'ONU, n'a pas réagi, jeudi, au rapport de M. ElBaradei. Signe de la difficulté des tractations à venir entre grandes puissances, l'ambassadeur américain à l'ONU, Zalmay Khalilzad, a appelé la Chine à ne pas "se mettre en travers d'une diplomatie efficace pour résoudre" la crise du nucléaire iranien. Il a commenté que la Chine "traînait les pieds" dans les discussions sur des sanctions.
Le 28 septembre, le groupe des six pays traitant du dossier iranien (Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne) était convenu qu'en cas de rapport négatif établi par M. ElBaradei, ou par M. Solana, les discussions sur de nouvelles sanctions à l'ONU - gelées depuis l'été - seraient réactivées.
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